Le 15 mai dernier, le CFJT a retrouvé et acheté aux enchères des commentaires manuscrits inédits de rebbi Eliahou Taïeb, écrits en marge d’un ouvrage, ainsi qu’une responsa.

Ce soir, nous avons de nouveau remporté une enchère de commentaires inédits en caractère maalaq de rebbi Eliahou Taïeb.

Ils étaient écrits en marge de l’ouvrage CHAARE TSEDEK de Rebbi Avraham HAGEGE, édité en 1928, relatif à la 3ème partie du Choulhan Aroukh Even HaEzer relative aux lois sur le mariage, le divorce, les successions et autres sujets de droit de la famille. Ces commentaires d’ordre juridique de rebbi Eliahou Taïeb sont intéressants en ce qu’ils ont probablement inspiré les juges du Tribunal rabbinique de Tunis.

Nous poursuivons nos efforts pour compléter encore et encore la bibliothèque du judaïsme tunisien.

Comme nous l’avions indiqué au mois de mai, Rebbi Eliahou Taïeb était le fils de rebbi David Taieb. Il est né à Tunis 31 décembre 1865 (selon Rav Mazouz il serait né en 1860), et est décédé le 1er février 1934. Il était marié à Daya ou Dia, soeur de Nissim Nataf, et eu une fille unique mariée à un bijoutier du nom de Massoud Pariente. Rebbi Eliahou Taïeb exerçait la profession de rabbin et de savonnier. Il a été membre du Conseil de la Communauté Israélite de Tunis (1922-1926 ; 1926-1930), membre du Comité directeur de l’école Or Thora (1923-1934) et Vice-président d’Agoudat Sion. Il fut elevé au grade d’Officier du Nichan Iftikhar (décoration beylicale).

Il était l’un des plus grands érudits de Tunisie à l’époque du Grand-Rabbin Israel Zeitoun z’al (décédé en 1921) et du Grand-Rabbin Moché Sitruk z’al (décédé en 1928). Il était membre du comité des rabbins tunisiens.

Deux anecdotes à son propos :

1) Lorsque rebbi Matslia’h Mazouz est arrivé à Tunis de Djerba en 1930 à l’âge de 18 ans pour enseigner à la Yeshiva ‘Hevrat Limoud Hatalmoud, il voulut rencontrer les grands érudits de Tunis qui étaient extrêmement renommés.
Il se renseigna et demanda qui il pouvait rencontrer ? On lui conseilla d’aller voir rebbi Eliahou Taïeb qui était assez âgé et très malade. Rebbi Matslia’h Mazouz s’est dit qu’en allant le voir il s’acquitterait également de la mitsva de rendre visite à une personne souffrante. Lorsqu’il se présenta à lui, il lui indiqua venir de Djerba pour enseigner la Torah à la Yeshiva.

Rebbi Eliahou Taïeb lui rétorqua qu’il ne pouvait enseigner la Torah à Tunis, qui était la ville des Ra’hamim. Il le mit alors à l’épreuve et lui montra un passage du « Beit Yossef » en couvrant de sa main une annotation manuscrite écrite de sa main en marge de l’ouvrage, le priant de lui expliquer ce passage. Rebbi Matslia’h Mazouz répliqua qu’il le lançait en plein milieu, le priant de lui laisser la possibilité d’étudier ce texte à tête reposée depuis le début avant de pouvoir lui répondre. Rebbi Eliahou Taïeb lui dit alors qu’il ne savait pas étudier.

Rebbi Matslia’h Mazouz fut très étonné, car comment pouvait-il lui demander de comprendre après un simple coup d’œil de quoi il s’agissait, sans lire le début. Il ne retourna jamais chez lui, mais ne cessait de louer la grandeur et les connaissances de rebbi Eliahou Taïeb.

2) Une deuxième anecdote : Le rav Mazouz racontait à ses élèves de Yeshiva que les élèves du sud tunisien venaient à Tunis pour passer l’examen de cho’het. Ils passaient l’examen chez rebbi Eliahou Taïeb à la demande du Grand-Rabbin Israel Zeitoun z’al et du Grand-Rabbin Moché Sitruk z’al. Rebbi Eliahou Taïeb avait la réputation d’être très pointilleux et les élèves ne dormaient pas la veille de l’examen de peur de ne pas
réussir. Il était d’usage de dire qu’on pouvait se fier les yeux fermés à l’abattage pratiqué par quelqu’un qui avait passé et réussi l’examen de Cho’het auprès de rebbi Eliahou Taïeb.

Un élève avait passé l’examen avec succès chez rebbi Eliahou Taïeb, et ce dernier voulu vérifier si cet étudiant etait talmid ‘hakham ou un simple élève qui avait appris par cœur les lois de la ch’hita (à Tunis il y avait un décret rabbinique de n’accorder le diplôme de cho’het qu’à quelqu’un qui était talmid ‘hakham).

Rebbi Eliahou Taïeb montra à cet élève un commentaire de Rachi sur le ‘houmach et lui demanda d’expliquer ce qui incitait Rachi à expliquer le verset de cette façon. L’élève lui donna son explication.

Rebbi Eliahou Taïeb a apprécié l’explication de cet élève et lui dit que même s’il s’agissait d’une belle explication, l’auteur du sifté ‘Hakhamim en avait donné une autre. L’élève jeta un coup d’œil sur le commentaire du _sifté ‘Hakhamim (étude populaire relative au commentaire de Rachi sur le Pentateuque, menée par Rebbi Chabtaï Bass, 1641-1718, rabbin polonais qui résida à Prague et Amsterdam) et répondit qu’il n’était pas d’accord, que l’auteur avait commis une erreur en « embrouillant » les choses, s’en tenant à sa propre explication.

Rebbi Eliahou Taïeb l’a alors traité d’insolent, en lui disant qu’il avait le droit de ne pas être d’accord, mais qu’il fallait toujours parler avec respect. Et il décida…de ne pas lui accorder son diplôme de cho’het.

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