NOWA’H – LE POUVOIR DE L’HUMILITÉ

« Les eaux se retirèrent de dessus la terre, allant et reculant ; elles diminuèrent au bout de cent cinquante jours. » (Genèse 8-3)

En l’année 1656 de la création du monde, au dix-sept du mois de ‘Heshwan, un déluge catastrophique extermina la vie sur terre. Durant quarante jours, des pluies diluviennes tombèrent sans trêve, submergeant ainsi, les plus hautes montagnes du globe. Malgré l’arrêt des pluies, la terre resta inondée pendant cent cinquante jours et ce n’est qu’à partir de ce moment-là que la décrue commença, ainsi qu’il est dit : «Les eaux se retirèrent de dessus la terre, allant et reculant ; elles diminuèrent au bout de cent cinquante jours. »

La Massora relève, que l’expression « הָלוֹךְ » (allant), sous sa forme « complète » – c’est-à-dire comprenant un Waw au sein du mot – ne figure que quatre fois dans le Pentateuque :

  1. Les eaux se retirèrent de dessus la terre, allant et reculant (ibid.)
  2. Les eaux étaient [toujours], allant et s’amoindrissant (8-5)
  3. Avram se déplaça, allant et progressant vers le midi (12-9)
  4. Cet homme devint grand, il alla, allant et grandissant (26-13)

Dans son œuvre Chalmé Toda, Rebbi Chélomo Dana¹ z”l, interprète ces quatre exceptions de manière à en tirer une leçon concernant la prière. En effet, nos sages nous enseignent que dans le Talmud (Sotta 5a) : « La prière de l’homme est écoutée, seulement s’il se considère comme de la chaire », autrement dit, s’il fait preuve d’humilité. Dieu, ayant en horreur les arrogants et les vaniteux, Il n’a d’attention que pour les cœurs modestes et effacés. Selon cette idée, Rebbi Chélomo écrit, qu’un homme gonflé par l’orgueil, « allant et grandissant » dans sa propre estime, verra sa prière « allant et reculant » et par conséquent rejetée. Cependant, celui dont le cœur est humble, « allant et s’amoindrissant », méritera toute l’attention de Dieu et sa prière, « allant et progressant », atteindra le ciel afin d’y être agréée.

Le secret d’une prière réside dans le cœur de la personne : s’il s’adresse à Dieu avec arrogance et qu’il s’estime méritant, alors il aura peu de chance d’être écouté. En revanche, celui, dont l’esprit est simple, voire intimidé devant le Tout Puissant, celui dont le cœur est empli d’humilité, celui-ci est particulièrement apprécié de Dieu. Plus l’homme prendra conscience de sa petitesse, plus il aura de chance de voir sa prière exaucée, « car l’Eternel prend plaisir à son peuple, il entoure les humbles de salut comme d’une parure » (Psaumes 149-4).

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Chélomo Dana (1850-1913), illustre sage de Tunis, il fut l’un des plus actifs opposants à l’Alliance Israélite Universelle (AIU) et à ses méthodes modernes. Dans sa jeunesse, il étudia quelques mois auprès du célèbre Rebbi Avraham HaCohen Yç’haki (auteur du Mishmérote Kéhouna), puis, lorsque celui-ci décéda en 1864, il continua son éducation auprès de Rebbi Moché Berrebi. En 1888, il fonda la Yéshiva « ‘Hévrate HaTalmoud », où furent formés d’éminents rabbins, tels que Rebbi Dawid Ktorza et Rebbi Dawid Benbaron, tous deux grands rabbins de Tunisie. Son œuvre principale, le Chalmé Toda, constitue un ensemble de commentaires du Talmud, du RAMBAM, du Shoul’han ‘Aroukh et de la Thora. Il participa en outre, à la rédaction du livre Chévét A’him, en collaboration avec Rebbi Moshé Sitruk et son frère Rebbi Yéchouw’a ‘Haï Sitruk.

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