1) LE FLASH PARACHA D’ARYÉ BELLITY

2) LE RICHONE DE WAYIQRA PAR ALAIN ELIAHOU UZAN

WAYIQRA – LIBÉRÉ OU DÉLIVRÉ ?

« Lorsque tu offriras au Seigneur l’oblation des prémices, c’est en épis torréfiés au feu, réduits en gruau pur, que tu offriras l’oblation de tes prémices. » (Lévitique 2-14)

Nos sages dans le Talmud (Ménaḥot 84a) nous enseignent que ce verset traite de « l’offrande du ‘Omer », aussi appelée oblation des prémices. Cette offrande en oblation collective d’une mesure d’un ‘Omer d’orge (environ quatre litres), était réalisée à l’époque des Temples, au lendemain du premier jour de Pessaḥ, soit le seize du mois de Nissân. Bien que la Thora ne précise pas le type de céréale à offrir, à cette occasion, nos maitres déduisent par analogie qu’il ne peut s’agir que d’orge, une céréale réservée principalement aux animaux. Parallèlement, cinquante jours plus tard, était offerte « l’offrande des deux pains » à l’occasion de la fête de Shavou’ott. Cette fois-ci, c’est à base de farine de blé qu’étaient réalisés les deux pains, une céréale représentant le composant de base de l’alimentation humaine.

Afin d’expliquer la différence de la composition céréalière de ces deux offrandes, Rebbi Raamim Ḥaï Ḥwita Cohen¹ z”l, établit un lien direct entre la fête de Pessaḥ et celle de Shavou’ott. Dans son œuvre Kétér Kéhouna, il écrit que la sortie d’Egypte n’eut pour but que le don de la Thora célébré le jour de Shavou’ott, ainsi que Dieu le déclara à Moché « Quand tu auras fait sortir ce peuple de l’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même » (Exode 3-12). Ainsi, de ce point de vue, la fête de Shavou’ott se retrouve liée à celle de Pessaḥ, en tant qu’aboutissement de celle-ci. Le décompte du ‘Omer durant cinquante jours, qui débute dès le lendemain de Pessaḥ et qui se termine à Shavou’ott, est d’ailleurs une preuve flagrante du lien qui attache ces deux fêtes.

Rebbi Raḥamim poursuit son raisonnement en soulignant le fait qu’à Pessaḥ nous célébrons la libération « matérielle » du corps, délivré du terrible esclavage égyptien. Toutefois, cet affranchissement seulement, ne saurait avoir de sens s’il n’est pas opéré correctement, car un corps libéré mais sans foi ni loi et semblable en ce point à l’animal, risquerait de causer de nombreux dommages. A plus forte raison, un peuple tout entier, dégagé des chaines de la servitude et livré à lui-même, serait voué à l’anarchie et à la perdition, s’il n’est pas rapidement gouverné par une structure sociale ou religieuse.

Lorsqu’ils sortirent d’Egypte, les enfants d’Israël obtinrent certes une libération corporelle, néanmoins, leur véritable affranchissement eut lieu à Shavou’ott. C’est en acceptant la foi de Dieu et les lois de Sa Thora, qu’ils libérèrent leurs âmes de la pire servitude qu’il soit : l’instinct animal ou plus communément appelé « Yéṣér HaR’a » (‘mauvais penchant’). En effet, l’homme ne peut acquérir une authentique autonomie, qu’après s’être débarrassé des pulsions auxquelles il est enchainé depuis sa naissance. Alors seulement, ses actions seront l’expression d’un choix personnel et ses décisions seront rationnellement justifiées. A ce propos, Rebbi Yéhouda HaLéwi z”l, considéré comme l’un des plus grands poètes séfarades, formula le vers suivant : Comment pourrai-je servir mon créateur / Etant encore sous l’emprise de mon instigateur / Et esclave de mes pulsions.

A présent, à travers cette notion de liberté, il est possible de comprendre la nuance qui différencie l’offrande de la fête de Pessaḥ de celle de Shavou’ott. A Pessaḥ, fête de la sortie d’Egypte, on apportait au Temple une offrande à base d’orge. Cette céréale destinée aux animaux, symbolise cette pseudo-liberté où seul notre corps biologique fut délivré. Ce n’est qu’après une période de cinquante jours, durant laquelle un travail intérieur est effectué par chacun, au rythme du compte du ‘Omer, que la véritable liberté sera atteinte grâce au don de la Thora célébré à Shavou’ott. A cette occasion, une offrande de farine de blé – une céréale noble réservée à l’homme – était offerte au Temple, afin de nous apprendre que l’homme gagne sa liberté, au sens le plus pur du terme, uniquement grâce à la Thora et aux valeurs qu’elle représente. Car, ainsi que nous l’enseignent nos sages dans le traité Avot (6,2) : « N’est réellement libre que celui qui s’adonne à la Thora ».

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Raḥamim Ḥaï Ḥwita Cohen (1901-1959), grande figure du judaïsme Djerbien, il est sans conteste l’un des rabbins tunisiens les plus influents du XXème siècle. Descendant d’une noble lignée de Cohanim, il fut l’élève de Rebbi Dawid (Didou) Cohen puis de Rebbi Khalfon Moché Cohen. A dix-huit ans, lors d’un voyage à Tunis il obtient son diplôme de Shoḥet (abatteur) que lui décernent des grands rabbins de la capitale. En 1920, il devient greffier au tribunal de Djerba, avant de compter, à partir de 1932, parmi les juges rabbiniques du même tribunal. Il occupe en outre le poste de Roch Yéshiva (directeur d’académie talmudique), grâce auquel il forma d’éminents rabbins, tels que Rebbi Khadir Sebban, Rebbi Moussa Ḥaddad, Rebbi Maṣliyaḥ Mazouz et Rebbi Bouguid Sa’adoun. Il est l’auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages.

 🎼🎻 HAZANOUT 🎻🎤

Paracha WAYIQRA – richone (Alain Eliahou Uzan)

LECTURE DE LA TORAH – C.F.J.T.


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