CHABBAT CHEKALIM & ROCH HODESH

MICHPATIM – ANTICIPER L’OFFRE A LA DEMANDE

« Lorsque tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois point à son égard comme un créancier… » (Exode 22-24)

Il est rapporté au nom du saint ARI z”l (Séfer HaLikoutimRéé §15), qu’au moment de donner de l’argent à un nécessiteux, une personne a la faculté de sanctifier le Tout-Puissant en unifiant les lettres de Son Nom. En effet, enchainer correctement les gestes effectués lors du don d’une obole, permet la fusion des quatre lettres du Tétragramme, à savoir « יהו-ה ». La première lettre, le Youd (י), de taille modeste, représente la petite somme d’argent versée au pauvre. La seconde lettre, le (ה), d’une valeur numérique de cinq, est matérialisée par les cinq doigts de la main du donateur. Vient ensuite le Waw (ו), droit et ferme tel le bras élancé du bienfaiteur, qui illustre parfaitement le mouvement de son bras tendu vers le pauvre. Quant à la dernière lettre, le (ה), encore numérisée par le chiffre cinq, elle symbolise à présent les cinq doigts de la main de l’indigent qui reçoit le don. Ainsi, si chacun de ces gestes est convenablement réalisé, selon l’ordre qui convient, le Nom de Dieu sera parfaitement reconstruit. En revanche, si l’ordre n’est pas scrupuleusement respecté et que l’une des actions précède malencontreusement une autre au lieu de la suivre, les lettres du Nom de Dieu seront alors mélangées et leur réunification désordonnée. Par conséquent, afin de pas inverser les lettres du Tétragramme, nos maitres préconisent de présenter l’argent aux nécessiteux, avant que ceux-ci ne nous le demande. En effet, dans le cas inverse, la dernière lettre du Nom de Dieu – symbolisée par la main du pauvre – précédera les trois premières et le Tétragramme sera anormalement reconstitué.

A ce propos, Rebbi Yossef Soussou Cohen¹ z”lretrouve,au sein de notre verset, une allusion à la recommandation de nos maitres. Dans son œuvre Chéérite Yossef, il relève que le mot « pauvre » qui se traduit généralement par « עָנִי » dans la Bible, est précédé, dans notre verset, par la lettre (ה) : « הֶעָנִי » (au pauvre). Ce préfixe, vient nécessairement faire allusion à la dernière lettre du Tétragramme que la main du pauvre symbolise lorsque l’aumône lui est versée. Selon cela, Rebbi Yossef interprète le verset de la manière suivante : – « Lorsque tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple », le sujet du verset étant le donateur, c’est à lui qu’incombe le devoir de tendre le bras vers le pauvre et non l’inverse. Ainsi, en anticipant la réclamation du nécessiteux, il permet au «  du pauvre » (הֶ–עָנִי) de s’associer dans le bon ordre aux trois premières lettres du Tétragramme « qui est avec toi » – que le donateur a déjà réunis.

Parallèlement, dans son livre Yéḥi Réouven, Rebbi Réouven Maurice ‘Allouche² z”l, retrouve une allusion semblable dans le verset : « Donner (נָתוֹן), tu lui donneras, et ton cœur ne le regrettera pas en lui donnant, car, pour prix de cette conduite, l’Éternel, ton Dieu, te bénira » (Deutéronome 15-10). La double utilisation du verbe donner au début du verset, vise à prévenir le bienfaiteur qu’il lui faudra anticiper l’aide financière qu’il apporte à l’indigent. L’argent de son aumône, devra par conséquent, toujours être prêt et sera considéré comme déjà « donné » (נָתוּן). Ainsi, lorsqu’il croisera un nécessiteux, – « tu lui donneras » : le généreux donateur versera son don avant même que l’on ne le lui réclame. Cependant, ce dernier pourrait être dissuadé d’entreprendre une telle démarche, se justifiant du fait que l’indigent n’aurait émis aucune demande. C’est précisément la raison pour laquelle, le verset poursuit et stipule : « et ton cœur ne le regrettera pas en lui donnant », c’est-à-dire, que ce don ne devra faire l’objet d’aucun regret. Puis, afin d’encourager le donateur à agir de la sorte, la Thora garantit que « pour prix de cette conduite », à savoir, l’anticipation de l’offre par rapport à la demande, « ton Dieu, te bénira », puisque les lettres de Son Nom auront été assemblées alors comme il se doit.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Yossef Soussou Cohen (1891/1980) est né à Gabès dans une famille de Cohanim dont la lignée remonte jusqu’à Ezra. Il fut l’élève le plus fidèle de Rebbi Ḥaïm Ḥouri et étudia également auprès de Rebbi Fradji ‘Allouche. Après son mariage avec la fille de Rebbi Ṣion Cohen, il travailla en tant que libraire, tout en consacrant le plus clair de son temps à l’étude de la Thora. En 1921 il occupa le poste de chef du tribunal rabbinique de sa ville ainsi que celui de directeur de la Yéshiva ‘Beth Dawid’. Vingt ans plus tard, il rejoignit Tunis, où il fut nommé second du grand rabbin de Tunisie. Il monta en Israël en 1958 et s’installa à Béér Shév’a. Il est l’auteur de plusieurs œuvres, dont Kissa DéPissḥa, Ḥayim Béyad, Pirḥé Shoshana, Késsot HaNassékh etc…

² Rebbi Réouven Maurice ‘Allouche (1932/1985) né à Tataouine (au sud-est de la Tunisie), est connu pour son humilité et ses discours éloquents. Elève de Rebbi Mékikés addad et de Rebbi Mordékhaï Saghroun, il occupe rapidement le poste d’abatteur rituel, d’enseignant pour enfants et d’orateur, dans sa ville natale, puis à Zarzis. En 1967 il monte en Israël et s’installe à Béér Shéva, avant de déménager pour le village de Zimrat dont il en deviendra, un peu plus tard, l’autorité religieuse. Ses œuvres sont : Ma’assé Yadaï, WaYaguidou LéMoché, i Réouven, Cha’aré Raamim.


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