WAÉRA – UN MAL POUR UN BIEN

« Dieu parla à Moché, en disant : Je suis l’Éternel » (Exode 6-2)

Au retour de sa mission, dont l’objectif était la délivrance du peuple juif, Moché se plaignit à Dieu de l’effet négatif que causa sa venue en Egypte. En effet, non seulement il ne réussit pas à convaincre Pharaon, de libérer le peuple mais ce dernier alla même jusqu’à alourdir le travail des Hébreux. Constatant l’échec total qu’il essuya, Moché, qui dès le départ, avait refusé cette mission, exprima clairement son mécontentement. La réponse qu’il reçut de Dieu fut transcendante : « Dieu parla à Moché, en disant : Je suis l’Éternel ».

Les commentateurs expliquent que le verbe « וַיְדַבֵּר » (il parla) utilisé au début de notre verset, ainsi que le Nom de Dieu présenté tel que « א-ל-ה-י-ם » (Dieu), révèlent tous deux une apparence stricte et rigoureuse du Tout-Puissant. À l’inverse, le verbe « וַיֹּאמֶר » (il dit), employé à la fin de notre verset, ainsi que le Nom de Dieu dévoilé sous la forme de « י-ה-ו-ה » (l’Eternel), reflètent tous deux une expression de miséricorde. A travers ces deux caractères opposés, doublement utilisés dans un même verset, Dieu explique ainsi à Moché, que les conséquences de sa mission qui lui semblent ardues et sévères, font partie, en réalité, du projet de l’Eternel miséricordieux.

Dans le même ordre d’idée, Rebbi Avraham Cohen¹ z”l interprète le verset : « Ecoute, Israël : l’Éternel (י-ה-ו-ה) est notre Dieu (א-ל-ה-י-נ-ו), l’Éternel (י-ה-ו-ה) est un » (Deutéronome 6-4). Ce verset par lequel l’unicité divine est exprimée, contient le Nom de Dieu sous l’attribut de miséricorde et de rigueur. Si d’aucuns pourraient croire en l’existence de deux divinités opposées, l’une bonne et l’autre impitoyable, ce passage que l’on récite quotidiennement atteste du contraire. En effet, dans sa lecture du verset Rebbi Avraham explique qu’importe peu la manière dont Dieu se manifeste, qu’Il soit clément (l’Éternel) ou strict (notre Dieu), l’origine reste la même, celle du Dieu miséricordieux (l’Éternel est un). Ainsi, même s’il n’est pas toujours évident de discerner la bienveillance de Dieu à travers les épreuves de la vie, l’homme se doit d’avoir foi en la miséricorde divine même lorsque celle-ci revêt la forme la plus stricte.

Afin d’illustrer ce message, dans son œuvre Millel LéAvraham, Rebbi Avraham Cohen raconte la parabole suivante : Un paysan sortit un jour de son village pour se rendre vers la capitale. Pour la première fois de sa vie, il eut l’occasion de visiter un hôpital et de constater l’avancée considérable de la médecine moderne. Il s’engagea donc dans la première salle de cet établissement et il y vit, des malades en phase de rétablissement. Il fut émerveillé de voir des infirmières aux petits soins des patients et de l’attention délicate que leur portait l’ensemble du personnel de l’hôpital. Par curiosité, il demanda alors, qui était le bienfaiteur responsable de cette maison de convalescence, ce à quoi on lui répondit, que c’était le docteur qui précisément était occupé à opérer un malade, en ce moment même, dans l’une des salles du bâtiment. Ce paysan au cœur pur et à l’esprit simple, tenait à féliciter personnellement ce docteur si merveilleux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il arriva dans la salle d’opération et qu’il aperçut le docteur-philanthrope, concentré sur un homme vivant qu’il était en train de charcuter. Horrifié, face à cette scène de boucherie, il s’écria « Sauvage ! Monstre ! Comment un être humain peut-il être aussi cruel ?! ». Le personnel de l’hôpital, témoin du malentendu, s’empressa de calmer le paysan, en lui expliquant que le chirurgien opérait pour le bien du patient. L’homme finit par comprendre que la scène à laquelle il venait d’assister, sans en comprendre la portée, était en réalité, l’acte le plus secourable que pouvait offrir le docteur bienfaisant à ce malade.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Avraham Cohen (1915/1994), fils de Rebbi Ya’akov Cohen, est né à Gafsa. Il fut rabbin de Sfax en Tunisie, comme son père avant lui, puis du quartier de Talpiyot à Jérusalem. Son principal maitre fut son père, mais il étudia également auprès de Rebbi Khamous Mamou et de Rebbi Ḥouati Seroussi. Il est l’auteur de plusieurs œuvres, dont : Aviassaf (2vol.), Ayéléte Ahavim, Millel LéAvraham, WaYossef Avraham, Néçor Libékha et autres.


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