WAYÉḤI – FRAPPER AVANT D’ENTRER

« On l’annonça à Ya’akov, en disant : Voici que ton fils Yossef vient te voir. Israël recueillit ses forces et s’assit sur le lit. » (Genèse 48-2)

Les derniers jours de Ya’akov approchent, une vie riche en péripéties touche à sa fin, notre patriarche tombe malade, son fils l’apprend et se hâte à son chevet. Toutefois, il est à noter que Yossef n’arrive pas à l’improviste chez son père mais prend soin d’annoncer sa venue, ainsi qu’il est dit : « On l’annonça à Ya’akov ».

Rebbi Khalfon Moché Cohen¹ z”l, déduit de cet agissement de Yossef, une règle de bienséance considérant inconvenant une visite surprise chez un ami et particulièrement si celui-ci est malade. Dans son œuvre Yad Moché, Rebbi Khalfon écrit : « Quiconque entre inopinément dans sa propre maison et à fortiori chez son ami, enfreint une des quatre choses que Dieu déteste, ainsi que nous l’enseigne Rebbi Chim’on Bar Yoḥaï dans le Talmud (Nidda 16b) ». En effet, en s’introduisant chez quelqu’un sans prévenir, on risquerait éventuellement de le surprendre dans une situation gênante. De plus, l’effet de surprise pourrait également s’avérer dangereux pour un individu fragile émotionnellement.

Un autre point du verset sur lequel s’arrête Rebbi Khalfon, est la précision de l’annonce faite à Ya’akov : « Voici que ton fils Yossef vient te voir ». Ces quelques mots nous enseignent, qu’outre le fait de prévenir de sa venue, le visiteur devra également annoncer son identité. Il est probable, en effet, que la personne à qui l’on rend visite par surprise, ne soit pas vêtu tel qu’elle aurait souhaité se présenter. Le fait de l’en informer, à l’avance, permettra à l’hôte de se préparer précisément en fonction de celui-ci et ainsi l’accueillir dans les meilleures conditions.

On raconte que Rebbi Khalfon appliquait scrupuleusement cette règle de savoir vivre et prenait soin de ne jamais surprendre les personnes présentes dans une pièce. Même lorsque son fils, Rebbi Chouchân, ainsi que son petit-fils, Rebbi Nissim, logeaient dans sa maison, Rebbi Khalfon veillait à toujours frapper à la porte, puis il patientait quelques secondes et seulement après il pénétrait dans la chambre.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Khalfon Moché Cohen (1874-1950) est originaire de Djerba, il est le fils de Rebbi Chalom Cohen et l’arrière-petit-fils de Rebbi Chaoul Cohen. Dans sa jeunesse il étudie auprès de Rebbi Yossef Berrebi et auprès de son père, puis lorsque celui-ci est appelé à diriger spirituellement la ville de Zarzis, Rebbi Khalfon l’accompagne et remplit là-bas la fonction de Shoḥet (abatteur rituel). Devant l’insistance de la communauté de Djerba, il accepte officiellement en 1917 de siéger au tribunal rabbinique de la ville, aux côtés de Rebbi Sion Cohen-Yéhonatan et de Rebbi Mordékhaï Améïss Cohen. Rebbi Khalfon est considéré comme l’un des rabbins les plus influents de Djerba. Dirigeant exceptionnel, il s’oppose à l’AIU tout en étant un fervent sioniste, il protège les coutumes locales et assure admirablement la sécurité de sa communauté face aux nazis en 1943. Auteur fécond, il rédige près de 80 ouvrages dont le plus connu est le Bérit Kéhouna.


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