MIKÉÇ – LA FÊTE DES FILLES

« II ajouta : J’ai ouï dire qu’il y avait vente de blé en Égypte. Allez-y là-bas, achetez-y du blé pour nous et nous resterons en vie au lieu de mourir. » (Genèse 42-2)

Lorsque la famine s’abattit sur les terres de l’actuel Proche-Orient, tous se tournèrent vers l’Egypte, qui grâce à Yossef, possédait une réserve de blé abondante. Ainsi, notre patriarche Ya’akov envoya ses fils y acheter du grain, afin de pouvoir supporter au mieux cette pénurie et ses conséquences. En effet, outre la faim que provoque une disette, elle occasionne d’autres difficultés qui y sont étroitement liées. Nos sages disent à ce propos : « Un homme doit toujours veiller à ne pas manquer de céréales dans sa maison, car cela favorise la discorde au sein du couple » (Baba Méçi’a 59a).

Dans son livre Yaldei YossefRebbi Yossef Berrebi¹ z”l trouve en notre verset, une allusion à ce dernier tort causé par l’absence de vivres. Il fait remarquer, que les initiales des mots « שָׁמָּה וְשִׁבְרוּ לָנוּ מִשָּׁם » (là-bas, achetez-y du blé pour nous), forment le mot « שָׁלוֹם », la paix. Ceci afin de nous apprendre que pour préserver la paix dans un foyer, il faut « veiller au grain ». Une demeure qui héberge la querelle, ne peut en aucun cas obtenir la bénédiction divine, ainsi que nous l’enseignent nos sages dans le traité ‘Oukçine (chap. 4 Mishna 12) : « Dieu n’a pas trouvé meilleur moyen que la paix, pour contenir la bénédiction ». Or, nos maitres nous disent (Baba Méçi’a 59a), que dans une maison, la bénédiction est présente grâce à la femme uniquement, c’est pourquoi, si celle-ci n’est pas honorée comme il se doit, la profusion divine ne sera pas accordée. Rava – un grand sage du temps du Talmud, préconisait d’ailleurs aux habitants de la ville de Ma’houza : « Honorez vos femmes, ainsi vous serez bénis et vivrez dans l’opulence » (ibid.).

A ce propos, le judaïsme tunisien met à l’honneur la femme juive lors du premier jour du mois de Tévét, en y célébrant « la fête des filles » ou « Roch hodech El-Bnat ». Durant cette journée, les jeunes filles se réunissent autour d’un repas de fête, accompagné de gâteaux au miel comme les yoyos, les dabla, les makroud, la farka et autres douceurs. De même, les jeunes hommes apportent ce jour-là, un beau cadeau ou des bijoux à leurs fiancées.

Même si l’origine de cette fête ne possède pas de réelles sources dans les écrits de nos maitres, Rebbi Meir Mazouz² chlita, propose tout de même une explication à cette tradition. Dans son livre Darkhé Ha’Iyoun (page 146), il rapporte au nom du Midrash « Pirké DéRibbi Eli’ézer » (chap.45), que Dieu consacra Roch ‘Hodesh (le premier jour du mois) aux femmes, afin de les récompenser de n’avoir pas donné leurs bijoux, lors de la faute du veau d’or.  Bien que cet aspect de Roch ‘Hodesh soit valable pour tous les premiers jours du mois, celui du mois de Tévét est singulier, en effet, à la différence des autres, celui-ci se distingue par la récitation complète du Hallel lié à la célébration de ‘Hanoucca à cette même période. C’est pour cette raison, conclut Rebbi Meir Mazouz, que Roch ‘Hodesh Tévét a été choisi pour célébrer la fête des filles. 

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Yossef Berrebi (1851-1918) est né à Djerba et fut l’élève de Rebbi Sassi Ma’atouk Cohen-Yéhonathan et de Rebbi Khlifa ‘Idan. Agé de 20 ans, il débute une brillante carrière d’enseignant et devient par la suite un expert en matière de pédagogie. Parmi ses élèves les plus connus, figurent : Rebbi Khalfon Moché CohenRebbi Mordékhaï Améïss CohenRebbi Makhlouf ‘IdanRebbi Ya’akov CohenRebbi Ra’hamim ‘Haï ‘Hwita CohenRebbi Mékikés ChellyRebbi ‘Haïm ‘Houri et bien d’autres encore. Il occupe en outre le poste de juge rabbinique et siège aux côtés de son maitre Rebbi Sassi et de Rebbi Moché Zaken Mazouz. Il est l’auteur des livres Yaldei Yossef et Ben Porat Yossef.

² Rebbi Meir Mazouz, fils du juge rabbinique Rebbi Maçliya’h Mazouz, est né à Tunis en 1945. A la Yéshiva « ‘Hévrat HaTalmoud », il suit les cours de Rebbi Yiç’hak Bou’hnik mais se forme principalement grâce à son père. Après l’assassinat de ce dernier, il monte en Israël accompagné de ses frères et ensemble ils fondent la Yéshiva « Kissé Ra’hamim » à Bené Vérak. Véritable génie en Thora et outre ses vastes connaissances dans le domaine de la loi juive, de la bible ou du Talmud, il écrit également sur différents sujets, comme la grammaire, l’astronomie, les mathématiques l’histoire ainsi que la poésie liturgique.


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