WAYÉÇÉ – PRIÈRE DE NE PAS INSISTER

« Plus tard elle enfanta une fille et elle la nomma Dina. » (Genèse 30-21)

Après avoir accouché de six garçons, Léa, première épouse de Ya’akov, fut à nouveau enceinte et donna naissance à une fille qu’elle nomma Dina. En réalité, nous enseignent nos sages (Bérakhot 60a), Léa savait par intuition prophétique, que Ya’akov aurait douze fils. Aussi, lorsqu’elle attendit son septième enfant, elle émit un « jugement » (Din, racine de Dina) contre elle-même, se disant : « Si c’est un garçon, ma sœur Ra’hel ne sera même pas l’égale de l’une des servantes ». En effet, puisque les deux servantes, Bilha et Zilpa, avaient chacune, donné deux garçons à Ya’akov, si Léa accouchait à nouveau d’un fils, la part de Ra’hel serait alors limitée à un seul enfant. Elle pria donc Dieu au sujet du fœtus qu’elle portait en elle et celui-ci devint une fille.

Dans son livre Assaf HaMazkir, Rebbi Meir Mazouz¹ chlita, avertit qu’il n’est pas bon d’insister auprès de Dieu en Le priant de changer un destin déjà déterminé. En effet, il est rapporté au nom du saint Ari (‘Éss ‘Haïm Cha’ar 39 Daroush 8), que Ra’hel n’aurait dû donner naissance qu’à un seul enfant. Cependant, à force d’insistance et de prières, Dieu « céda » à la requête de Léa et accorda à sa sœur un second fils, Binyamin. Malheureusement, cet enfantement couta la vie à Ra’hel, c’est là le sens du verset (infra 35-18) : « Ce fut, lorsque son âme sortit », à savoir, celle de Binyamin, « qu’elle mourut » – que Rah’el mourut pour lui céder sa vie. En outre, avant de mourir elle nomma son fils « Ben-Oni » dont la traduction littérale signifie « le fils de mon malheur », puisque sa vie fut, en quelque sorte, échangée contre celle de ce fils au destin « forcé ». Il est évident, par ailleurs, que si Léa avait eu conscience de ces conséquences tragiques, elle aurait préféré que sa sœur n’eut qu’un fils et que sa vie fut préservée.

Parallèlement, lorsque le peuple Juif s’obstina à être dirigé par un roi comme les autres nations, Dieu le leur concéda, ainsi qu’il est dit (Samuel I 12-13) : « Voici ce roi que vous avez voulu, que vous avez sollicité ; le voici, Dieu vous l’a donné ». Cependant, cette autorisation ne reflétait pas la réelle volonté de Dieu, car plutôt que choisir un être de chair et de sang pour roi, il aurait été préférable qu’Israël continue d’être gouverné par le Roi des rois. Cela, le prophète Chemouel le leur reprocha en ces termes (supra 17) : « N’est-ce pas, c’est aujourd’hui la moisson du froment ? Je vais invoquer le Seigneur, pour qu’il fasse tonner et pleuvoir : comprenez alors et voyez combien vous avez mal agi aux yeux du Seigneur en demandant un roi ». Les commentateurs expliquent qu’à travers ces mots, Chemouel chercha à dissuader les enfants d’Israël de penser que Dieu était favorable au couronnement d’un roi. Son accord à un gouvernement ne signifiait pas une approbation, mais plutôt un acquiescement devant leur insistance. Afin d’appuyer ses propos, le prophète pria Dieu de faire pleuvoir en pleine saison de la moisson. A cette période de l’année, une telle pluie, était véritablement dommageable pour la récolte encore sur pied. Ainsi, le message était clair : L’agrément de Dieu à une prière peut parfois répondre à l’obstination de l’homme et se retourner alors contre lui.

Rebbi Meir conclut par ce précieux conseil : « En matière de prière, il n’est pas bon d’insister plus que nécessaire ». L’homme se doit de prier et de demander à Dieu ce qu’il désire, mais s’il insiste ce sera afin qu’Il ne lui accorde que ce qui est véritablement bon pour lui. Ainsi, même s’il ne parvient pas à ses fins, s’en remettant à la volonté divine, il saura que ce qu’il obtient est véritablement bénéfique pour lui.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Meir Mazouz, fils du juge rabbinique Rebbi Maçliya’h Mazouz, est né à Tunis en 1945. A la Yéshiva « ‘Hévrat HaTalmoud », il suit les cours de Rebbi Yiç’hak Bou’hnik mais se forme principalement grâce à son père. Après l’assassinat de ce dernier, il monte en Israël accompagné de ses frères et ensemble ils fondent la Yéshiva « Kissé Ra’hamim » à Bené Vérak. Véritable génie en Thora et outre ses vastes connaissances dans le domaine de la loi juive, de la bible ou du Talmud, il écrit également sur différents sujets, comme la grammaire, l’astronomie, les mathématiques l’histoire ainsi que la poésie liturgique.


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