TOLÉDOTE – PRIÈRE PRIORITAIRE

« Yiç’hak implora l’Éternel au sujet de sa femme parce qu’elle était stérile ; l’Éternel accueillit sa prière et Rivka, sa femme, devint enceinte. » (Genèse 25-21)

A la suite de leur mariage, Yiç’hak et Rivka durent patienter vingt-ans avant que Dieu ne leur accorde les jumeaux Ya’akov et Essaw. Durant cette longue période d’attente, ils prièrent Dieu, chacun de leur côté, afin que leur demande d’avoir un enfant soit agréée. A ce propos, Rebbi Ya’akov Cohen-Yéhonatan¹ z”l, s’interroge dans son livre Zér’a Ya’akov, pourquoi le texte précise-t-il « Rivka sa femme devint enceinte » alors que l’agrément de la prière d’Yiç’hak est précédemment annoncé ? Si Dieu accueillit la demande de notre patriarche, il va sans dire que sa femme devint enceinte, alors à quoi bon le préciser ?

Et de répondre en rapportant les propos du Ba’al HaTourim, selon lesquels, Rivka n’était pas la seule à ne pouvoir enfanter. En effet, le verset dit « parce qu’elle (הִוא) était stérile », or, dans le texte en hébreu, le pronom personnel de cette phrase apparait au masculin (הוּא/lui) mais se prononce comme s’il était écrit au féminin (הִיא/elle). Cette allusion au masculin, écrit le Ba’al HaTourim, vise à nous révéler qu’Yiç’hak, également, était stérile. Rebbi Ya’akov Cohen poursuit son développement en rapportant un principe fondamental de nos maîtres dans le Talmud (Baba Kama 92a) : « Tout celui qui implore la miséricorde de Dieu pour son prochain et qu’il ait lui-même besoin de cette mansuétude pour un même problème, Dieu exauce sa demande personnelle avant d’apporter l’aide nécessaire à son prochain ». Selon ce précepte, il est possible de reconsidérer l’apparente redondance de notre verset : Yiç’hak, qui était lui-même stérile, implora Dieu, en premier lieu pour qu’Il aide sa femme, comme il est dit dans le texte « Yiç’hak implora l’Éternel au sujet de sa femme » et c’est précisément pour cette raison que « l’Éternel accueillit sa prière ». Appliquant ainsi le principe de nos maîtres, mentionné plus haut, c’est donc après avoir donné la priorité à son problème personnel, à savoir d’être fécond, que Dieu remédiait ensuite à celui de sa femme et « Rivka, sa femme, devint enceinte ».

A travers ce message, la Thora nous enseigne qu’il est bon de faire passer les besoins de son prochain avant les siens, et qu’en outre, cela se révèle être un moyen efficace pour obtenir la bonne réponse à ses problèmes personnels. Cet avantage accordé par Dieu à celui qui sera généreux, vise à encourager l’homme à penser aux autres en se souciant davantage de leurs difficultés.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Ya’akov Cohen-Yéhonatan est né au XIXe siècle à Djerba. Son père Challom – surnommé « Ghatou » – lui lègue une grande fortune dont il reverse la majeure partie à des œuvres de charité. Pour gagner sa vie, il tient modestement un magasin près du marché, tout en réservant le plus clair de son temps à l’étude de la Thora. A la fois chanteur et musicien, il égaye les cœurs lors des mariages et des circoncisions, sans réclamer le moindre salaire. En 1928, face à l’insistance de son fils, il publie son premier livre, Zér’a HaChallom, un recueil de commentaires de la Thora. Vers la fin de sa vie, il tente de monter en Israël, mais du fait de son âge avancé, Il n’obtient pas la permission d’embarquer pour ce voyage. Après son décès, le 6 Av 5696 (25/07/1936), son fils, Rebbi Ben-Çion Cohen-Yéhonatan, rabbin de Zouara (Lybie), publie son second livre, Zér’a Ya’akov.


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