Chabbat NIÇAVIM – 11/12 septembre 2020

NIÇAVIM – UNE TÉCHOUVA PEUT EN CACHER UNE AUTRE

« Tu reviendras vers l’Eternel ton Dieu […] Et tu reviendras, tu écouteras la voix de l’Eternel… » (Deutéronome 30-2,8)

« L’un des bienfaits que Dieu a accordés à Ses créatures, est celui de leur avoir préparé une voie, leur permettant de s’élever au-dessus de l’abîme de leurs actes » : C’est en ces termes que Rabbenou Yona de Gérone entame son œuvre magistrale « les Portes du repentir ». Si la Téchouva est une faveur de Dieu, Sa générosité s’étend au-delà de l’entendement. En effet, nos sages nous enseignent, dans le traité Yoma (86b), que Dieu, dans Son infinie bonté, non seulement pardonnera les erreurs de l’homme qui se repent sincèrement, mais Il ira jusqu’à les « convertir » en mérites.

A ce sujet, dans son livre Lé’hém Léfi HaTaf, Rebbi Iç’hak ‘Haï Bokhobz z”l, rapporte les propos du Na’halat Binyamin, selon lesquels une personne qui se serait repenti sincèrement, bénéficiera pour cela, d’une récompense sur terre. Ceci s’explique par le fait que dans le monde futur, chacune des bonnes actions – grâce auxquelles l’homme reçoit une récompense – est déclarée publiquement, avec tous les honneurs qui lui sont dus. Il est évident, par conséquent, que si l’on révèle les mérites qu’il a obtenus à la faveur de ses erreurs « converties », la personne sera couverte de honte à l’annonce de ses fautes. C’est la raison pour laquelle, ce mérite lui est attribué ici-bas.

Ce n’est pas par hasard que le devoir du repentir apparait dans la section de Niçavim que nous avons l’obligation de lire avant Roch Hachana, tel que cela est stipulé dans le Shoulkhan ‘Aroukh (ch. 428 § 4). Dans ce passage, à deux reprises, Moché enjoint le peuple juif à faire Téchouva et à respecter la parole de Dieu, ainsi qu’il est dit « Tu reviendras vers l’Eternel ton Dieu… (30-2) Et tu reviendras, tu écouteras la voix de l’Eternel… (30-8) ». À ce propos, le Or Ha‘Haïm HaKadoch, plus connu sous le nom de Rav ‘Haim Ben Attar z”l, relève une question intéressante : Puisque dans le premier verset (verset 2), le devoir du repentir est déjà mentionné, pourquoi donc l’avoir répété une seconde fois (verset 8) ? Que signifie cette autre Téchouva ? Rebbi Eltar Mazouz² z”l, dans son livre Em LaMikra, propose une magnifique réponse à cette question. Il explique que lorsqu’une personne se repent sincèrement et se rapproche de Dieu, elle ressent, dans le même temps, la culpabilité de n’avoir pas eu connaissance, jusqu’au moment de son repentir, de l’éminence de Dieu. Plus une personne réalise l’immensité de Dieu, plus elle a le sentiment de ne pas L’avoir servi en conséquence, jusque-là. D’après cela, il est possible d’expliquer la première Téchouva (verset 2) comme étant le premier pas vers Dieu, quant à la seconde (verset 8), elle intervient alors que l’homme prend véritablement conscience de Sa grandeur.

Aryé Bellity

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¹ Rebbi Iç’hak ‘Haï Bokhobza (1853/1930) est né à Gabès et fut l’élève de Rebbi Avraham ‘Alouche, de Rebbi Fradji ‘Alouche et de Rebbi Moché Mimoun. Lorsque son père se rendit à Tunis, il étudia à la Yéshiva de Rebbi Avraham ‘Hadjadj où il eut comme maitre Rebbi Moché Zemour et Rebbi David Zaoui. A 21 ans, il avait déjà rédigé trois de ses 14 livres et à 52 ans, il a été nommé juge rabbinique de la ville de Moknine. Après son voyage en Israël, il revient en Tunisie et occupe le poste de juge rabbinique dans sa ville natale. Puis il est appelé à être le grand rabbin de la Lybie, fonction qu’il honora jusqu’à la fin de sa vie. Il s’est rendu célèbre, pour avoir visité les caves du Vatican et avoir eu ainsi le privilège de contempler les ustensiles du Temple. 

² Rebbi Eltar Mazouz (1932-1988) est né sur l’île de Djerba. Après avoir perdu plusieurs de leurs enfants, ses parents, Rebbi Ben-Çion et Esther, le nommèrent Eltar, du Yiddish « Alter » (« ancien »). Ce prénom apotropaïque visait à lui assurer une longue vie. Dans sa jeunesse, il eut comme maitre son oncle, Rebbi Chelomo Mazouz et Rebbi Chaoul Mékikés Chelly. En 1956, il monte en Israël et s’installe dans la localité d’Eitan où il succède à Rebbi Chouchan Cohen en tant que rabbin de la localité. Il laisse derrière lui plusieurs œuvres : Em HaBanim Sémé’ha, Em LaBina, Em LaMikra, Em HaDérékh, Imré No’am, Darkhé Emet (2 vol.), Darkhé Avot et Avot ‘Al Banim.


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